• Les Chroniques AZERTY -2- (Avril 2009)

    - L’étalon de l’agriculture -
        

    « Vous avez noté qu’on dit un steak de bœuf, une côte de bœuf, un rôti de bœuf… Mais dès que le bestiau semble suspect, c’est la vache qui devient folle ! »
    -Guy Bedos-

    Il est des jours comme hier ou l’on aimerait rester tranquillement emmitouflé dans ses draps de satin à répéter son entrée dans « l’Italienne »(nda :au théâtre une italienne est une répétition sans mettre le ton, d’une voix neutre) ; ou l’on voudrait indéfiniment se prélasser dans le bassin de Carlat (nda : petit village du Cantal situé dans le bassin d’Aurillac). A l’heure où chante le premier coq de bruyère venu, un homme s’éveille, dans toute la splendeur de son corps nu que le store vénitien zèbre d’éclats d’aurore , la peau à peine humide d’une brève sueur nocturne qu’ont déposé sur lui le fugace souvenir d’une phrase jeté à l’emporte-pièce et le douloureux échec d’une poignée de main refusée au beau milieu d’une journée campagnarde.


    Le temps d’une douche et les soucis s’accumulent : le p’tit Olivier ne passera pas déposer le courrier ; il est parti en Guadeloupe apprendre à dire en créole « casses-toi, pauvre c… ! ». Hier Garibaldi, fidèle jusqu'au bout des sabots s’est échappé de la Garde Républicaine pour s’offrir une fugue sur les quais ; Et encore la question se pose : A-t-il décidé de quitter la Cavalerie pour la Royale ?
    - Amore, ou sont mes bottes de ferme à talonnettes ? demande l’homme à sa femme assoupie le visage empreint d’une innocente blancheur – ce qui tente à prouver, se dit l’homme, qu’on peut être à la fois virginale ET clitoridienne.-
    Petit déjeuner rapide. Nestor, le brave et fidèle valet de pied entre et demande :
    - Monsieur prendra –t-il la voiture blindée ?
    - Non, Nestor, je prendrais la Limousine, c’est de circonstance.


    Arrivée en grandes pompes, déjà s’efface le souvenir de l’année passée. Les visages souriants et rougeauds des provinciaux obèses de cochonnailles poitevine , les yeux injectés de liqueurs anisés, les joues couperosées de côtes du Rhône présentent des plateaux de saucisses montbéliarde et des trois cent sortes de fromages qu’accompagnent d’improbables tranches de pains aux saveurs multiples et Bio. Picorant telle une vierge effarouchée à l’heure de son premier assaut, pinaillant tel un mannequin dont l’anorexie n’a de comparable que la hauteur du Salto Angel, l’homme échange quelques propos mal assurés. Un bref repos auprès de la gagnante des comices agricoles qui n’a de déplaisant que cette indéfinissable odeur de crottin en tout point identique à sa bouche chevaline. La sécurité veille au grain : pas de quidam à la dextre fuyante et au langage barbare. L’homme se remet debout, happé par le train de sommités provinciales : c’est le moment de tâter quelques pis, de flatter quelques croupes. Voici la Blonde D’Aquitaine, la Charolaise et l’Abondance… ouf ! c’est fini.


    Alors l’homme récupère sa transalpine, remonte dans sa voiture avec chauffeur. Heureux finalement que rien n’ait entaché sa visite annuelle. Et, dans son univers capitonné aux vitres insonorisées, il n’entend pas le silencieux cri bovin qui de box en box, de stand en stand lance vers les cieux de la Corrèze, un vibrant appel au Grand Jacques…

    Aujourd’hui, j’ai marché dans l’amer, et ça sent pas bon…

    … A demain si je l’veux bien.


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